Le banquier du diable | Jean-François Bouchard
- Date de publication: 2018
- Editeur: Max Milo
- Auteur: Jean-François Bouchard
Résumé
Hjalmar Schacht, issu d’une famille très modeste, né en 1877. C’est un enfant brillant à l’école. Après des études d’économie, il obtient un doctorat d’économie à l’université de Kiel. Puis il gravit les échelons au sein de la Dresden Bank. Pendant la première guerre mondiale, il gère l’économie belge. En 1923, il devient président de la Deutsche Bank.
Il se voit attribué plusieurs missions de sauvetage au sein d’une Allemagne dévastée. Ce démiurge renverse toutes les situations : hyperinflation, remboursement de la dette internationale, crise de 29, chômage qui touche 7 millions d’allemands, il est l’homme providentiel d’une nation qui se reconstruit.
Droit, intègre mais trop ambitieux, il accompagne la montée au pouvoir d’un certain Adolf Hitler, sans jamais adhérer au parti nazi, en restant persuadé que le temps venu, il saura arrêter sa machine infernale. Grâce à lui, la Wehrmacht est devenue l’armée la plus puissante du monde.
Mais cette fois, il se trompe. Mis à l’écart du régime nazi par Goering (chargé du plan quiquennal) qui reprend son poste de ministre de l’économie. À la fin de la guerre, après la tentative d’assassinat d’Hitler (opération Walkyrie) il sera emprisonné, interné et déporté en camp de concentration, ou il survit miraculeusement.
Devant le tribunal de Nuremberg qui juge les criminels de guerre, les Soviétiques exigent sa tête mais il sera acquitté par les américains et anglais.
Après la guerre, il reprend du service en conseillant plusieurs pays non-alignés sur leur politique économique, financierè et monétaire (Iran, Algérie, Inde, Egypte, etc.)
Un parcours hors du commun qu’il termine dans son lit, à 93 ans.
Extraits
« En économie, il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises idées. Tout est question de timing. La meilleur décision à un moment donnée peut devenir la pire à un autre. Une politique déflationniste est parfois indispensable. Moi-même, lorsqu’il s’était agi de stabiliser la monnaie en 1923, j’avais mené une politique déflationniste d’une violence inouïe, n’hésitant pas à couper tous les canaux de crédit. Mon surnom, à l’époque, était “le fossoyeur de l’économie allemand”! Une politique de stabilité est parfois la seule voie. Dans ce cas, confier les affaires à des Drs Luther est une bonne chose, car leur pusillanimité, leur mesure et leur absence d’initiative font merveille. Ils s’appliquent, sas imagination ni prise de risque, à maintenir le budget de l’état, la valeur de la monnaie et une croissance faible, mais régulière. Enfin, une politique de déficits, de dépense publiques d’investissement et de relance économique à tous crins est parfois une solution à envisager, même au prix de la création de déficits abyssaux. » p.115
« Il faut avoir conscience des avantages et inconvénients de toutes les formules; une politique déflationniste va créer du chômage mais doper les exportations et éventuellement faire baisser les déficits. Une politique de stabilité va générer çà et là des bulles spéculatives et augmenter le niveau de risques latents. Une politique de relance va dégrader les comptes extérieurs, créer des déficits et accroître le niveau de dette de l’Etat et des agents économiques, mais si elle est bien menée, elle doit réduire le chômage. Tous ces avantages sont bons à prendre, tous ces inconvénients sont gérables. Il suffit d’en avoir conscience, de savoir les mesurer et de comprendre les conséquences de ses actions. Et surtout par-dessus tout, prendre les bonnes décisions au bon moment! Le timing! Tout est là! » p.116
« Promettre la stabilité à long terme des finances de l’Etat à un chômeur dont la préoccupation était de gagner quelques pfennig pour ses enfants n’avait tout simplement aucun sens Le chômeur avait besoin d’un emploi. Et pas à long terme! Même pas demain! Mais le soir même ! Au dîner ! Le Dr Luther aurait pu faire son profit des leçons suivantes, qui sont toutes des leçons de timing. » p.116
« Premièrement, lorsque de multiples difficultés se présentent à vous, il faut déterminer quelle est la plus grave et la plus urgente, et s’attaquer à celle-là. Vouloir faire baisser le chômage sans faire de la relance, tout en baissant les déficits et en maintenant la stabilité monétaire est un projet insensé. Autant ne rien faire et laisser le bateau voguer à la dérive en implorant la clémence des dieux. » p.116-117
« Deuxièmement, pour qu’une politique économique soit efficace contre une situation de crise, elle doit mobiliser tous les moyens disponibles, pour s’attaquer aux causes de la crise. inutile de mégoter! Cela ne conduit à rien ! En 1923, il fallait en fini avec l’hyperinflation ? La stabilisation a été ma priorité absolue ; rien d’autre n’a compté, ni les faillites que j’ai provoquées, ni les ruines que j’ai laissées derrière moi. En 1933, le problème était le chômage ? Les déficits, les dettes, la dérive du budget de l’Etat… Rien de tout cela n’importait ! Tout devait être sacrifié à la lutte pour recréer de l’emploi ; tant pis pour les conséquences financières ! » p.117
« En définitive, vous constaterez que, dans toutes les situations vous commencez à engranger des résultats dans le traitement du problème que vous avez ciblé, les effets indésirables finissent par se “gérer” car les capacités d’adaptation des acteurs économiques sont assez fortes; systématiquement, en ayant résolu le principal problème, une manière de cercle vertueux se mettra en place pour résoudre les problèmes des autres. » p.117
« Troisièmement, la politique économique que vous décidez doit avoir un horizon visible. La durée maximale est de cinq ans : les résultats de votre action doivent être obtenus au bout de cinq ans, pas davantage, et de préférence au bout de deux ou trans. Il est inutile de prévoir, dans quelque domaine que ce soit, des plans économiques à ving ou trente ans. Mettre en place une réduction du chômage sur un horizon de vingt ans ? Rembourser la dette de l’Etat sur un horizon de trente ? C’est de la science-fiction : la seule certitude que vous ayez, c’est que dans un intervalle de temps, de nombreux événements vont se produire qui vont remettre en cause votre beau projet : vous perdrez le pouvoir, une nouvelle crise arrivera, des bouleverements géopolitiques vont se produire, des innovations technologiques vont modifier le paysage économiques, etc. » p.117-118
« Déterminer quelle est la priorité ; consacrer tous les moyens possibles et impossibles à la régler ; avoir une stratégie à moins de cinq ans. Voilà les trois paramètres d’une équation économique ayant quelques chances de réussir. Et l’on constate que ces trois paramètres sont tous des questions de timing. CQFD !» p.118
« En matière de chômage, il existe un seuil. Ce seuil est différent selon les pays. Son niveau est conditionné par de nombreux paramètres: l’assistance sociale du gouvernement, la solidarité qui existe dans les familles, les traditions plus ou moins affirmées de partage, etc. Ainsi ce seuil peut être très élevé dans les pays traditionnels à assise familiale forte et de tradition chrétienne : les liens sociaux et familiaux prennent alors , jusqu’à un certain point, le relais des liens et des ressources apportés par le travail. Le seuil est sensiblement moins élevé dans les sociétés plus modernes, dont le développement a été bâti sur une immigration massive attirée par les promesses d’emploi et de vie meilleure. Quoi qu’il en soit, il importe pour les gouvernemants de connaître ce seuil, car lorsque le chômage vient à évoluer au-delà de ce niveau, les liens sociaux commencent à se distendre, la solidarité tend à s’épuiser et les fuites vers toutes sortes d’extrémismes ne tardent pas à s’amplifier. Lutter contre la chômage devient alors la priorité des priorités. » p.237
« Cet homme qui a survécu à tant d’épreuves, qui a renversé tant de montagnes et relevé tant de défis, était habité d’une incroyable détermination, à la hauteur de celle d’un de Gaulle ou d’un Churchill. Or, la détermination est la condition est sine qua non de la réussite, dans quel domaine que ce soit. » p.256