Introduction

Le livre explore comment certaines pratiques de gestion et idéologies nazies ont été adoptées puis adaptées à travers le temps par les théories moderne de management.

Résumé

Reinhard Höhn (1904-2000) est un juriste, intellectuel technocrate au service du IIIème Reich. Brillant fonctionnaire de la SS, chargé de nourrir la réflexion du parti nazi, du ministère des Affaires étrangères et de la Wehrmacht sur l’adaptation des institutions de l’État au Grand Reich à venir - quelles structures et quelles réformes ? - il termine la guerre comme Oberführer (général).

Il appartient aussi à la pointe la plus avancée, par sa radicalité et ses réflexions d’avant-garde sur la progressive disparition de l’État au profit de la « communauté » définie par la race et de son « espace vital ».

À l’époque les théories sur le darwinisme social stipule que la vie est une lutte ou ne s’impose que les volontaires et les performants. Selon cette vision, les espèces se livrent un combat à mort pour des ressources limitées. Selon la mythologie nordique, le peuple germain aurait été racialement pur et se serait gouverné par lui-même. Selon les nazis, la seule entité véritablement pérenne, ce n’est pas l’Etat mais la race. L’Etat renvoie étymologiquement à ce qui est statique.

Et pour les nazis, la France c’est la mort de l’esprit d’initiative et de la joie au travail. Hitler détestaient la France mais vouait une admiration sans bornes pour l’Angleterre, un peuple de conquérent.

Par exemple, dans l’armée allemande, c’est la tactique par la mission ou par l’objectif. Une mission est donnée a un officier qui doit l’accomplir comme il le souhaite pourvu que l’objectif soit atteint. Les ordres sont vagues et généraux mais doivent fixer des objectifs que le soldat doit atteindre par n’importe quel moyen.

Après la guerre, Reinhard Höhn, revenu à la vie civile sans être inquiété, n’ayant pas commis de crime sur le terrain, crée bientôt un institut de formation au management des élites économiques de la République fédérale, Bad Harzburg, et multiplie les manuels d’enseignement. Quelque 600 000 cadres issus des principales sociétés allemandes, sans compter 100 000 inscrits en formation à distance y ont appris le management. Ou plus exactement l’organisation hiérarchique du travail par définition d’objectifs, le producteur, pour y parvenir, demeurant libre de choisir les moyens à appliquer. Passé les années 1980, d’autres modèles de management prendront la relève (le modèle japonais, par exemple, moins hiérarchisé).

La question que pose Johann Chapoutot, c’est celle de l’adaptabilité des mêmes formes d’organisation productives à des régimes politiques qui peuvent être résolument opposés, dès lors que cesse la réflexion sur la nature sociale du travail.

Johann Chapoutot commence par examiner les fondements idéologiques du nazisme, en mettant l’accent sur la notion de “communauté de travail”. Il explore comment les nazis ont manipulé et exploité les principes de la gestion scientifique et de l’organisation du travail pour promouvoir leur idéologie et renforcer leur régime. L’auteur souligne également la manière dont certains intellectuels et penseurs allemands ont contribué à la création d’un environnement intellectuel favorable à ces idées.

Ensuite, Chapoutot explore comment ces idées et pratiques de gestion ont survécu à la chute du régime nazi et ont été adoptées par des entreprises et des institutions dans l’après-guerre. L’auteur met également en lumière la manière dont certaines entreprises allemandes ont été réorganisées après la guerre en s’appuyant sur des principes de gestion issus du nazisme.

Chapoutot poursuit son analyse en examinant les développements ultérieurs du management moderne et en soulignant comment les idées et les pratiques du nazisme ont été intégrées de manière plus subtile dans le monde de l’entreprise. Il explore les notions de discipline, de hiérarchie, de contrôle et de compétition, et montre comment elles se retrouvent dans les méthodes de gestion contemporaines.

L’auteur remet en question l’idée courante selon laquelle le management moderne est une simple technique neutre et apolitique. Il soutient que le management est imprégné d’idéologies et de valeurs, et qu’il peut être utilisé pour renforcer des structures de pouvoir inégalitaires. Chapoutot soulève également des préoccupations concernant la manipulation des employés et la perte de sens au travail, mettant en garde contre les conséquences déshumanisantes du management contemporain.

Conclusion

Ce livre soulève des questions importantes sur les liens entre idéologie, pouvoir et gestion, et invite à une réflexion critique sur les méthodes de travail et de gestion actuelles. En remettant en question les fondements idéologiques du management moderne, Chapoutot appelle à une réorientation vers des pratiques plus humaines et éthiques dans le monde du travail.

Le problème de l’autonomie, sinon de la liberté, est au fond celui qui s’est posé aux philosophes et penseurs de la cité depuis le XVIIème siècle au moins: “Comment renoncer à l’état de nature et à ses dangers sans trop abdiquer de sa liberté naturelle dans la société ainsi créé ?”. Comme chez Rousseau la solution se trouve chez le travailleur indépendant.

L’injonction contradictoire entre illusion de liberté et subordination produit mal-être et aliénation.

Extraits

« Contre la pétrification de la pensée, il s’agit de retrouver le goût de l’énergie de l’innovation » Höhn